La parole à Josépha Poret, directrice de Ronalpia
« L’inclusion ne se construit pas en silo, mais par la coopération » – La parole à Josepha Poret, Directrice de Ronalpia
La rencontre entre Possible et Ronalpia – acteur clef de l’accompagnement à l’innovation sociale en Rhône-Alpes – date de la création même de l’association en 2014 : nous avons eu l’opportunité de de faire partie de la toute première promotion accompagnée par l’incubateur. En 2019, nous avons créé notre 1er programme commun d’accompagnement des porteurs de projet du secteur Justice : Act’Ice Développement. Depuis, deux autres programmes coportés ont vu le jour, ainsi qu’un Lab’. Au total, plus de 80 projets ont été accompagnés conjointement.
Nous vous proposons de découvrir le regard de Josepha Poret, Directrice de Ronalpia, sur le rôle essentiel de l’innovation sociale pour favoriser l’inclusion des personnes judiciarisées.
En quoi les associations, et l’innovation sociale plus globalement, sont essentielles pour traiter du sujet de l’inclusion des personnes judiciarisées ?
Les associations et les acteurs de l’innovation sociale sont des leviers indispensables pour favoriser l’inclusion des personnes judiciarisées. Leur force réside notamment dans leur proximité avec le terrain et leur capacité à innover toujours en complémentarité des dispositifs traditionnels, elles innovent, mais sans réinventer la roue !
Elles conçoivent et expérimentent des solutions co-construites avec les personnes concernées, ce qui permet aux associations de répondre finement au besoin et de donner une voix particulière à leurs bénéficiaires. Elles abordent ainsi de manière globale les défis auxquels font face les personnes judiciarisées : stigmatisation, accès à l’emploi, au logement, ou encore reconstruction du lien social etc.. Par leur ancrage dans des écosystèmes variés, les associations jouent un rôle unique de médiation. Elles créent du lien entre les personnes judiciarisées, les institutions et la société civile, favorisant ainsi une inclusion durable et surtout collective.
Enfin, elles contribuent activement à faire évoluer les mentalités et les politiques publiques, en portant la voix des personnes accompagnées et en alimentant le débat démocratique par des retours d’expérience concrets, qui en font des acteurs essentiels aujourd’hui.
Pourquoi faut-il les soutenir, les accompagner ?
Les projets dédiés à l’inclusion des personnes judiciarisées se heurtent en effet à des défis complexes et spécifiques : droit à l’expérimentation, nécessité de coopérer avec les acteurs publics, difficulté à toucher un public souvent en situation de grande vulnérabilité et peu accessible, et des défis liés à l’inclusion qui se superposent et peuvent être difficile à adresser de front (lien social, logement, santé mentale, accès à l’emploi, etc.).
Faire le choix d’accompagner et soutenir les associations de ce secteur, c’est renforcer la capacité des acteurs de la société civile à proposer des leviers nécessaires pour l’inclusion des personnes judiciarisées. Concrètement les accompagner c’est d’abord être à leurs côtés comme un partenaire stratégique : leur offrir une écoute attentive pour renforcer leur confiance, leur fournir des outils adaptés aux défis qu’elles rencontrent, faciliter leur accès à un réseau de pairs et d’experts. C’est aussi leur permettre de s’inscrire dans une dynamique
collective, où chacun peut apprendre et être ressource.
Les soutenir c’est aussi les financer, leur donner les moyens de faire, dans les meilleures conditions, leur travail de terrain essentiel et ainsi qu’elles puissent se concentrer sur leur impact.
Comment embarquer également le reste des acteurs à leurs côtés, dans l’idée de changer la donne en profondeur et de faire, collectivement, système ?
Les associations et les innovateurs sociaux ne sont pas seulement des acteurs de terrain : ils peuvent devenir les catalyseurs d’une transformation sociale plus large, en incarnant un rôle clé de tiers de confiance au sein de leur écosystème.
Pour changer la donne en profondeur, il est essentiel de miser sur l’action collective, en combinant plusieurs leviers :
- Construire une vision partagée : prendre le temps d’élaborer, avec les acteurs concernés, une compréhension commune des enjeux du secteur. Cela passe par la création d’un référentiel partagé, qui élargit les perspectives de chacun et aligne les efforts vers un objectif commun.
- Créer du lien et de la confiance : comprendre les réalités, les contraintes et les attentes de chaque partie prenante, cultiver l’interconnaissance et l’empathie. C’est en reconnaissant la valeur et le rôle de chacun que la coopération prend tout son sens.